Banksy et le street art à “Ni Dieu ni maître ! Arts et anarchie de Courbet à Banksy” à la Piscine de Roubaix, 2026
« Ni Dieu ni maître ! »… À moins qu’un maire s’en mêle. Présentée à La Piscine de Roubaix depuis le 10 octobre, l’exposition « Ni Dieu ni maître ! Arts et anarchie de Courbet à Banksy », qui explore l’évolution des liens entre les artistes et l’anarchisme, sera sobrement rebaptisée « L’Art en liberté. De Courbet au street art » lors de sa deuxième étape au musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon, en février 2027. Une décision de la municipalité de droite qui suscite de nombreuses réactions.
La flamboyante formule libertaire, héritée du révolutionnaire Auguste Blanqui, qui résume le rejet de la domination et donc de toute autorité politique, religieuse ou sociale, n’a pas résisté à la volonté du maire LR de Besançon, Ludovic Fagaut, qui a succédé à une municipalité de gauche en mars. L’édile jugeait l’accroche trop provocatrice.
« On a demandé au musée une communication plus neutre, une façon d’exposer plus neutre. »
Anne-Rachel Schertz
« On ne veut pas qu’il y ait une dimension politique derrière le titre, qu’il soit clivant. On veut que l’exposition soit rassembleuse, ouverte à tous », justifie l’adjointe à la culture Anne-Rachel Schertz dans Le Monde. « On a demandé au musée une communication plus neutre, une façon d’exposer plus neutre », ajoute-t-elle. Le co-commissaire de l’étape bisontine, Maël Vandewalle, assure qu’il s’agit d’une décision concertée avec la municipalité, afin de « marquer la différence » avec Roubaix « en termes de communication ».
À gauche, l’affiche de l’exposition « L’Art en liberté » au musée des Beaux-arts d’archéologie de Besançon. À droite, l’affiche « Ni dieu ni maître, arts et anarchie de Courbet à Banksy » à la Piscine de Roubaix, 2026
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Si les expositions itinérantes se transforment souvent un peu pour s’adapter à leurs différentes étapes, un tel changement est inhabituel. Car le mot « anarchie », sujet même de l’exposition, a disparu du titre. Certains s’interrogent. Comment dissocier ainsi la communication du contenu ? Quel est le sens de présenter une exposition sur un thème que l’on n’ose pas nommer ?
Le remplacement du terme précis « anarchie » par le très générique « liberté » étonne d’autant plus dans cette ville natale de Pierre-Joseph Proudhon, figure fondatrice de la pensée anarchiste, et de Charles Fourier, dont les réflexions ont influencé le mouvement. Une histoire et une identité qui sont justement à l’origine de la participation de la ville à cette exposition.
L’intransigeance de l’anarchisme a, tout au long de son histoire, fait peur au pouvoir, qui y a répondu par la censure et la répression – et même par l’extermination physique dans le cas des communistes bolchéviks et des nazis.
« Ni Dieu ni maître ! Arts et anarchie de Courbet à Banksy » à la Piscine de Roubaix
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Pour le quotidien La Voix du Nord, la décision bisontine constitue justement une « censure ». Dans un billet publié dans Libération, le journaliste Lelo Jimmy Batista déplore lui aussi une tentative d’« étouffer l’histoire », d’« atténuer la vérité » et de « détourner l’évidence ». Sur LinkedIn, Constance Rivière, directrice générale du musée national de l’Histoire de l’immigration, dénonce également une « extension du domaine de restriction des libertés à la création et à la programmation », et une tentative, « sous le couvert bien pratique de la neutralité », de « décharger l’art et la culture de ce qui en fait justement la force : la liberté, la provocation, le dérangement ».
« Retrouver ces questions d’émancipation, c’est fondamental dans le moment politique qu’on vit. »
Florian Salazar-Martin
« Nous avons bâti le sujet ensemble, mais ce que chaque étape en fait lui appartient », botte en touche Adèle Taillefait, commissaire de l’exposition à Roubaix. À Martigues, ville communiste où l’exposition arrivera à l’automne 2027, le titre d’origine sera cependant conservé. « Nous n’avons peur ni de l’art ni de l’anarchie », a déclaré en riant Florian Salazar-Martin, adjoint à la culture, au Monde. « Retrouver ces questions d’émancipation, c’est fondamental dans le moment politique qu’on vit », a-t-il affirmé.
Le maire LFI de Roubaix, David Guiraud, rappelle que cette exposition ne constitue pas selon lui un manifeste politique de partisan, mais un parcours documentaire conçu en toute indépendance par des historiens de l’art. Dans le catalogue, il salue « la distance critique » d’Adèle Taillefait, qui « donne la parole au militantisme sans l’endosser ».
Plusieurs questions demeurent. Quelles seront les modifications précises des cartels et du parcours à l’étape bisontine ? S’agit-il simplement d’accorder une place à un point de vue critique de l’anarchisme ? Ou est-il question d’effacer ou d’atténuer des faits au profit d’un agenda politique, en pleine période de révolte étudiante et à l’approche de l’élection présidentielle ? Réponse à Besançon en février.
Ni Dieu ni maître ! Arts et anarchie
Du 10 octobre 2026 au 24 janvier 2027
La Piscine • 23 Rue de l'Espérance • 59100 Roubaix
www.roubaix-lapiscine.com
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