« Un titre qui appelle à la révolution » : Besançon censure le nom de l’exposition sur l’art et l’anarchie de la Piscine de Roubaix
L’exposition proposée par le musée La Piscine autour de l’anarchie dans l’art fait parler d’elle… à Besançon ! Lancée le 10 octobre au musée de Roubaix, sous le titre « Ni Dieu ni maître, arts et anarchie de Courbet à Banksy », cette expo ambitionne d’« explorer les liens entre les mouvements, la pensée anarchiste et les arts, du XIXe siècle à la période contemporaine », écrit le musée sur son site.
Sauf que ce titre est jugé beaucoup trop sulfureux par le maire LR de Besançon, Ludovic Fagaut. Le musée des Beaux-Arts de sa ville coproduit l’exposition, qui doit y être présentée début 2027. Une programmation héritée de la précédente majorité municipale de gauche. Après le changement de pouvoir dans cette ville, le titre a tout bonnement été censuré, comme l’ont révélé nos confrères du Monde. Exit la référence à l’anarchie, qui est pourtant l’objet même de l’événement, exit aussi la devise « Ni Dieu ni maître » pourtant emblématique de ce mouvement de pensée. À la place, ce titre beaucoup plus sage, voire carrément plat : « L’Art en liberté, de Courbet au street art ».
« Un titre qui appelle à la révolution »
« Quand on va dans un musée on n’est pas là pour faire de la politique, on n’est pas là pour venir voir un débat, on est là pour se cultiver et se divertir », s’est justifiée sur Ici Bourgogne Franche-Comté l’adjointe à la culture de Besançon, Anne-Rachel Schertz. Sur France 3, l’élue est même allée plus loin : « il y a derrière ce titre une certaine insoumission. C’est un titre qui appelle quand même à la révolution. Dans notre équipe, on ne reflète pas ces valeurs-là et on ne voulait pas les prendre en compte ».
Pourtant, le contenu de l’exposition sera exactement le même qu’à la Piscine de Roubaix. Elle parlera donc d’art et d’anarchie… sans que celle-ci apparaisse dans le titre. C’est sous cet angle qu’Hélène Magnin-Feysot (LFI), élue d’opposition à Besançon, a critiqué cette décision dans une vidéo diffusée sur Instagram. « Quand on remplace le mot anarchie par le mot liberté, on lisse, on dépolitise les propos de cette exposition », a-t-elle regretté, rappelant aussi que « Besançon est un des berceaux de la pensée anarchiste, donc en reniant ce mot on renie aussi une partie de l’histoire de notre ville ». C’est en effet dans cette ville qu’est né Pierre-Joseph Proudhon, l’un des précurseurs de l’anarchisme en France.
À Martigues, ville communiste, dont le musée accueillera l’expo fin 2027, le titre original restera inchangé. « Nous ne changerons rien, nous n’avons peur ni de l’art ni de l’anarchie », a confié au Monde Florian Salazar-Martin, adjoint à la culture à la mairie de Martigues.




