Le "Bourgeois Gaze", la thèse de Rob Grams qui dit beaucoup du cinéma

Et si le cinéma, depuis sa création, ne montrait que le point de vue des riches ? Telle est la thèse de Rob Grams, rédacteur en chef de "Frustration magazine", qui vient de sortir un livre sur le sujet.

Article rédigé par Julie Viallon
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2min
Selon Rob Grams, 75 %des gens que l'on voit dans le cinéma français sont issus de milieux sociaux aisés. (THOMAS BARWICK / DIGITAL VISION / GETTY IMAGES)
Selon Rob Grams, 75 %des gens que l'on voit dans le cinéma français sont issus de milieux sociaux aisés. (THOMAS BARWICK / DIGITAL VISION / GETTY IMAGES)

Dans son livre Bourgeois Gaze : la domination de classe au cinéma (Éditions Les Liens qui Libèrent), Rob Grams, rédacteur en chef adjoint de Frustration Magazine, développe l'idée que le cinéma est fait par des riches pour des riches. Il appelle cela le "Bourgeois Gaze", le regard bourgeois en français. C’est, selon l'auteur, une manière de filmer et de raconter le monde depuis une position sociale dominante qui se prétend universelle.

La bourgeoisie présentée comme la norme

D'après Rob Grams, 75% des gens que l'on voit dans le cinéma français sont issus de milieux sociaux aisés, et donc la bourgeoisie y est présentée comme la norme.

L’auteur donne l’exemple du film Seize printemps, de Suzanne Lindon, illustration parfaite à ses yeux : Suzanne Lindon est la fille des acteurs Vincent Lindon et Sandrine Kiberlain, une famille aisée, déjà installée dans le milieu du cinéma, avec des relations. Le scénario du film se déroule dans un milieu bourgeois, très parisiano-centré.

Le film a été sélectionné à Cannes, mis en avant dans plusieurs médias, sans pourtant aucun succès populaire.

Une incidence sur les films que l'on regarde ?

Rob Grams explique, par exemple, qu'il est difficile d’avoir des acteurs convaincants dans des rôles de travailleurs, parce qu’ils viennent de milieux privilégiés et sont nombreux à ne pas avoir fait de jobs "normaux". Dans les films, on ne voit, selon lui, pas beaucoup de scènes de travail ou alors elles sont assez succinctes.

Autre problème que le journaliste soulève : la vision, l’image donnée des classes populaires et moyennes au cinéma, avec souvent un regard méprisant. Rob Grams considère comme des "faux genres" les films sociaux et les films de banlieue, qui finissent toujours mal. Comme si la seule perspective donnée à ces classes sociales était la tragédie.

En gros, l'auteur nous dit que c'est dommage. Dommage parce que ce "Bourgeois Gaze" nous prive de regards intéressants : ceux du monde agricole, des banlieues, des classes moyennes et populaires.

Il vous reste à vous faire votre propre avis, la prochaine fois que vous irez au cinéma.

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